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Les vraies raisons de la fermeture du site de Kolia

Un arrêté estampillé du sceau du préfet de la région de la Bagoué , en date du 15 septembre 2021, annonce la fermeture du site de prière de Kolia , sur lequel la prédicatrice Adissa Touré opérait des guérisons miraculeuses . Officiellement , l’arrêté préfectoral justifie cette mesure par une kyrielle de facteurs .

«Vu la rentrée scolaire et l’occupation des infrastructures scolaires de la ville par les visiteurs en quête de guérison miraculeuse, vu les désagréments causés aux populations riveraines, aux propriétaires des lots bâtis et aux résidents  par ces individus en quête de guérison par la prière, vu la nécessité de prévenir d’éventuelles épidémies de choléra de fièvre Ebola et la propagation du Covid-19 dans la région de la Bagoué, vu la réalité des menaces djihadistes aux villes frontalières de la région de la Bagoué avec le Mali»  , Amani Tiémoko , préfet hors grade a décrété la fermeture du site de Kolia , devenu célèbre consubstantiellement aux guérisons miraculeuses qui y étaient opérées par Adissa Touré , prédicatrice se réclamant de la
religion musulmane .

En amont de cette décision préfectorale et des arguments susmentionnés , se dissimule un rapport du Conseil National des Droits de l’Homme (CNDH) qui a tiré la sonnette d’alarme  sur les revers de médaille de cette activité qui brasse des foules happés par la quête aux miracles . A en croire ledit rapport ,  » le Droit à la dignité humaine , à la protection de l’État ,  à la santé et à la sécurité sanitaire et  à la sécurité » étaient tous azimuts foulés au pieds dans ce temple à ciel ouvert . En intégralité , Radar vous propose les observations du CNDH qui ont mis la puce à l’oreille de la préfecture de la Bagoué .

 

Le Droit à la dignité humaine  à Kolia

Sur le site de prédication aménagé de façon sommaire, sans les commodités d’usage, des
milliers de personnes y ont établi domicile, y vivent et dorment à même le sol, sans eau ni
électricité. En cette période de saison des pluies, cette situation les déshumanise. Des
hommes, des femmes, des enfants, des personnes du troisième âge et en situation de
handicap , à la recherche de guérison ou de miracle qui changerait positivement leurs vies, ont
du mal à satisfaire leurs besoins fondamentaux, obligés de tout acheter à des coûts
exorbitants.

 »Droit à la protection de l’État » passées à la trappe sur le site de Kolia

En dehors du Groupement Mobile d’Intervention (GMI) de Korhogo, présent sur le site pour
le maintien d’ordre, les populations ne bénéficient pas de services publics (santé et hygiène,
service social, toilettes…). La prédicatrice n’a reçu d’autorisation ni du Préfet de département,
ni du Sous-préfet de Kolia pour exercer de telles activités de grande envergure, qui draine des
foules avec de fortes implications.
Cette activité tolérée assurément, au nom de la liberté de religion et de manifestation, devrait
être encadrée à tout le moins par les services de l’État.

Droit à la santé et à la sécurité sanitaire

Sur le site, les populations vivent dans une précarité et promiscuité totale en cette période de
pandémie à Coronavirus (Covid-19), avec depuis quelques semaines, un taux de plus en plus
élevé de contaminations. Les mesures barrières ne sont pas respectées avec des prédications
presque journalières qui drainent d’immenses foules. La distanciation sociale n’est pas de
rigueur. Les « pèlerins » ne portent presque pas le masque. Sur cet espace, les populations
vivent le stress hydrique et sont exposées à d’autres maladies comme le choléra et la
dysenterie.

Droit à la sécurité

La présence de milliers de personnes lors des prédications pose des problèmes de sécurisation
du site et des personnes qui y vivent au quotidien. En cas de débordement, les éléments du
GMI pourront-ils sécuriser ces milliers d’individus ? Quel dispositif a été mis en place pour
faire face au maintien d’ordre et à l’extrémisme violent ?
La porosité de nos frontières avec le Mali et le Burkina Faso, fait craindre des infiltrations
d’éléments du djihad au sein de ces foules qui déferlent chaque jour sur Kolia.
Au niveau du secteur du transport, l’afflux important de personnes vers cette petite commune
a semble-t-il créé une dynamique économique dans la région, mais l’on enregistre par la
même occasion une insécurité routière croissante. Nos Commissions régionales rapportent de
nombreux accidents de circulation entre juin et août 2021 sur les différents axes qui mènent à
Kolia.

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